Le Corps en Conscience
Contactez moi
Cécile Ouicher

06.17.10.23.79

contact@le-corps-en-conscience.fr

46 résidence Week-End, 281 avenue Antony Fabre

06270 Villeneuve-Loubet

FORMATIONConscience Posturale

Chapitre 2-1: La Posture

Le mode de vie est un pilier essentiel de la fonction: le corps humain est économe et s'adapte. Si l'on est très sédentaire et que 'on ne se sert pas de la mobilité de son corps, il ne faut pas s'étonner de s'enraidir et d'avoir moins d'équilibre. Cela est aussi valable pour les performances intellectuelles. C'est pourquoi l'on conseille aux personnes âgées de faire de l'activité physique, mais aussi des activités de stimulation cérébrale.


On peut dire que nos capacités ne s'usent que si l'on ne s'en sert pas.

Le corps a une forme, une physiologie, des axes de symétrie qui sont propres à l’être humain, et ce même si nous sommes tous différents dans notre morphologie et dans notre vie quotidienne, même s'il est évident qu'une personne grande et fine n'aura pas la même façon de bouger qu'une personne petite et ronde, même si un employé de bureau assis toute la journée n'aura pas les mêmes fatigues ni les même tensions qu'un ouvrier du bâtiment, même si un sportif n'aura pas les mêmes problèmes d'articulations qu'un sédentaire.
Si l’on veut préserver notre corps, ne pas l'user prématurément et ne pas trop se fatiguer, nous devons respecter au mieux nos possibilités, ce qui permettra de s'économiser dans les gestes de la vie quotidienne. « Il est fondamental de devenir acteur de sa propre santé, faire le choix d’être responsable de soi-même et organiser personnellement au mieux SA prévention en fonction de la vie qu'on mène, de la vie qu'on vit, de l‘historique familial, de notre environnement, de nos possibilités du moment. Chacun est unique avec son histoire, sa morphologie, son terrain, son éducation, sa culture, si bien que chacun réagira de façon différente devant une agression qu'elle soit physique ou émotionnelle » (1)

Une posture est définie par une position particulière des segments corporels les uns par rapport aux autres à un instant donné. La posture dépend d’un programme moteur (ensemble des processus neurophysiologiques responsables d’une activité motrice élaborée par le système nerveux de manière héréditaire ou acquise). Elle est le support de deux fonctions : le premier est une fonction antigravitaire consistant à s’opposer à l’action des forces gravitaires, le second est une fonction de relation avec le monde extérieur. La posture érigée sert de référence consciente ou non (schéma corporel) pour le maintien postural comme pour le changement de posture et/ou l’exécution d’une activité motrice. (2)

 

Une approche globale d'une chaîne cinétique intégrée
Le mouvement humain est une orchestration complexe d'événements impliquant de nombreux systèmes corporels différents. Traditionnellement, les scientifiques ont examiné le mouvement humain à travers une vision limitante dans laquelle les mouvements sont décomposés et observés de manière isolée. Cette vision ne permet pas de saisir les complexités interconnectées et les interactions dynamiques que l'on trouve dans les systèmes complexes tels que le mouvement humain. Une idée émergente est que le mouvement humain peut être mieux compris en utilisant une philosophie holistique. À cet égard, les propriétés d'un système donné ne peuvent être déterminées ou expliquées par ses seuls composants, mais c'est plutôt la complexité du système dans son ensemble qui détermine le comportement de ses composants individuels.


La recherche récente fournit des preuves observationnelles qui aident à définir le mouvement humain comme un système complexe globalement interconnecté.


La biotenségrité est un concept selon lequel les os du squelette sont supposés être maintenus ensemble par le tonus musculaire au repos de nombreuses chaînes musculaires. La conception d'un système de biotenségrité suggère que lorsqu'un mouvement humain se produit, l'ensemble du système musculo-squelettique s'ajuste constamment au cours de ce mouvement, provoquant l'apparition de modèles globaux. Cette idée est renforcée par des preuves anatomiques récentes suggérant que les muscles du corps humain ne peuvent plus être considérés comme des structures anatomiques indépendantes qui relient simplement un os à un autre. Le corps est plutôt constitué de nombreux muscles connectés en série, et bout à bout, qui couvrent l'ensemble du système musculo-squelettique, créant de longues chaînes musculaires myofasciales viscoélastiques polyarticulaires.

Bien que théorique, le concept selon lequel le corps humain est relié par ces chaînes musculaires, dans le cadre d'une conception de biotenségrité, pourrait être une théorie sous-jacente potentielle pour analyser le mouvement humain d'une manière plus holistique. En effet, des recherches préliminaires ont maintenant utilisé le concept des voies myofasciales pour améliorer l'examen musculo-squelettique, et fournissent un exemple de la façon dont l'amplitude du mouvement au niveau d'une articulation périphérique dépend du positionnement du corps tout entier, offrant ainsi la preuve que la chaîne cinétique du corps est globalement interconnectée.  (3)

Le système  antigravitaire 

Le corps a une architecture rigide autour d’un squelette composé d’os articulés par les muscles, qui sont contractables, et les tendons, qui sont étirables, et qui donnent le mouvement. 
Si on comprend bien que les os, les muscles et les tendons sont reliés ensemble, on a souvent du mal à saisir toutes les liaisons et les imbrications des différentes structures du corps entre elles.
En étudiant la statique humaine, on constate que le corps possède des zones de structures stables sur lesquelles les muscles peuvent s’insérer. Ces zones stables appelées « cercles corporels de stabilité » sont constituées par :
•    l’appui podal,
•    la ceinture pelvienne,
•    le diaphragme abdominal,
•    la ceinture scapulaire,
•    la base du crâne,
•    les mâchoires 

La tenségrité

La tenségrité est la faculté d’une structure à se stabiliser par le jeu des forces de tension et de compression qui se répartissent entre les différents éléments qui la composent. Le cytosquelette se comporte comme un système en tenségrité : les 206 os du squelette sont comprimés par la force de gravité et stabilisés en position verticale grâce à la traction exercée par les muscles, les tendons et les ligaments. (D Ingber)  


«Plus de 90% de l’énergie produite par le cerveau est  employée à maintenir la relation du corps physique avec son champs de gravitation. Plus une personne est mécaniquement déformée, moins elle dispose d’énergie pour la pensée, le métabolisme et la guérison » Dr. Roger Sperry. 


Dans les organismes vivants, l'utilisation d'une hiérarchie de réseaux de tenségrité permet à la fois d'optimiser l'efficacité structurelle et de fournir un mécanisme pour coupler mécaniquement les parties avec l'ensemble : les contraintes mécaniques appliquées à l'échelle macro résultent en des réarrangements structurels au niveau cellulaire et moléculaire. (4)


Le principe de tenségrité s’applique au niveau du système musculo-squelettique jusqu’à la cellule. Lorsqu’une cellule subit un « stress », une réaction en chaine se met en place pour alléger la précontrainte sur la cellule. De même qu’une modification du tonus musculaire peut altérer la stabilité mécanique et la coordination structurelle dans tout le système musculo-squelettique.


En cas de blessure, les cellules, très aplaties « sentent » à travers leur cytosquelette la nécessité de se multiplier en grand nombre pour cicatriser… En fait la « matrice vivant » extra- et intracellulaire constitue à la fois un système de communication mécanique et biochimique apparu bien avant les systèmes nerveux, vasculaires, hormonal et immunitaire.
Le squelette, les muscles, les cellules sont reliés entre eux, comme un système en tenségrité. 

Les chaines musculaires

Qu’est-ce qu’une chaîne musculaire ?
Une chaîne musculaire est un ensemble de muscles reliés entre eux par leurs enveloppes (fascias) mais aussi de par leurs actions coordonnées au niveau neuromusculaire. Ces muscles sont solidaires comme les maillons d’une chaîne, c’est-à-dire qu’une action effectuée sur une partie de la chaîne a des répercussions immédiates sur tout l’ensemble, à tel point qu’il faut considérer tous les muscles appartenant à une même chaîne comme un seul muscle. 

Mézières

Dans les années 50, Françoise Mézières donne la définition suivante d’une chaîne musculaire : « Plusieurs muscles se succédant en s’enjambant forment un système de chaîne, système toujours hypertonique, dont les éléments sont interdépendants. » Elle en met quatre en évidence : 
•    chaîne postérieure : de l'arrière du crâne jusqu'aux orteils
•    chaîne antéro-intérieure : à l'intérieur du ventre (diaphragme et muscles psoas-iliaques)
•    chaîne brachiale : de l'épaule jusqu'au bout des doigts
•    chaîne du cou: 3 muscles rattachés face antérieure cervicales

 

La méthode Mézières part du principe que les groupes musculaires agissent comme un seul et même muscle formant différentes chaines musculaires. Ces dernières se raccourcissent inéluctablement provoquant à terme des dysmorphismes.  (5)


« Toutes nos chaînes musculaires sont tributaires de la chaîne postérieure qui est par ailleurs, concernée par chacune d’elles. » (6). Ceci explique le lien très étroit entre des parties du corps très éloignées.

 

Pour elle, un problème de pied n’est jamais isolé, il peut être lié à un problème de mauvaise position de tête, puis d’épaule qui a entraîné une rotation du bassin, une hyperlordose lombaire puis un genu valgum des genoux et un hallux valgus du gros orteil. Une chaîne se présente donc comme un seul et même muscle qui serait hypertonique. Cette hypertonie entraîne des dysmorphismes, des lordoses. La lordose est la déformation originelle. Elle peut se concevoir par extension dans les trois plans de l’espace : la scoliose étant le stade ultime de l’hypertonie des chaînes.


La chaine maîtresse postérieure réunit la majeure partie des muscles nécessaires à la station érigée.

Denys-Struyf
"Dis-moi comment tu te tiens, je te dirai qui tu es." Godelieve Denys-Struyf, physiothérapeute et ostéopathe belge décrit dans les années 60-70 cinq chaînes musculaires pour chaque moitié du corps :
•    Trois chaînes musculaires verticales ou de la personnalité: chaîne antéro-médiane ; chaîne postéro-médiane; chaîne postéro-antérieure - antéro-postérieure.
•    Deux chaînes musculaires horizontales ou complémentaires qualifiées de relationnelle (façon d'interagir avec le monde qui nous entoure): chaîne postéro-latérale; chaîne antéro-latérale.


La méthode GDS correspond à une approche corporelle thérapeutique et préventive qui tient compte des liens entre la mécanique corporelle et le comportement psychologique. Cette méthode considère que l'aspect psychocomportemental influence le geste et façonne la posture.

Chaine Antéro-Médiane ou chaine antérieure du tronc : située sur le plan antérieur et médian du tronc pour sa portion principale:
•    muscles du plancher pelvien
•    grands droits de l’abdomen (droit de l’abdomen)
•    grand pectoral inférieur et moyen
•    triangulaire du sternum (transverse du thorax) et intercostaux moyens
•    fléchisseurs du cou : scalènes antérieurs., sterno-cléïdo-mastoïdien et hyoïdiens antérieur
•    muscles de la structure buccale
•    trajet : du coccyx à la mâchoire inférieure, se prolonge dans les membres supérieurs et inférieurs.


La chaîne maîtresse antérieure permet la suspension et l’enroulement


Il est pour elle impossible de neutraliser la chaîne dominante. D'ailleurs, il ne s'agit pas de neutraliser mais d'accorder toutes les chaînes entre elles. Il n'y a pas une chaîne meilleure qu'une autre. Le problème vient de la prise de pouvoir d'une sur les autres. Chaque chaîne a un pivot primaire, un fief et une résidence. Chaque chaîne doit marquer le corps de certaines empreintes physiologiques. Quand une chaîne commence à trop s'exprimer, on parle d'empreintes acceptables. Quand elle "crie" on parle d'empreintes dérangeantes et là il faut remettre de ‘ordre.


Trois causes sont à l'origine du déséquilibre musculaire
•    Le psychisme relation entre la psychologie et la gestuelle, les attitudes de la personne, on fait tous les mêmes gestes mais pas de la même façon, le geste est empreint de psychisme.
•    Le mode de vie le travail, le sport, le manque d'activité sont à l'origine des tensions musculaires.
•    L’influence des structures myofaciales en rapport avec un circuit de régulation central.

Busquet
Pour Léopold Busquet, une chaîne musculaire représente des circuits en continuité de direction et de plan au travers desquels se propagent les forces organisatrices du corps. Le corps répond en permanence à trois facteurs qui correspondent à l'économie et le confort, l’équilibre.
D'un point de vue physiologique les chaines musculaires correspondent à un équilibre du corps dans toutes ses dimensions. Sur un plan adaptatif, les chaînes musculaires permettent de conserver l'équilibre en donnant une priorité á la "non-douleur. Aussi, en cas de compensation insuffisante, la verticalité serait impossible.


Les chaînes vont donc assurer les fonctions de lutter contre la pesanteur, assurer l'équilibre, programmer un geste, prendre, donner, créer.


Busquet décrit cinq chaînes :
•    La chaîne de flexion ou la chaîne droite antérieure
•    La chaîne d'extension ou la chaîne droite postérieure
•    La chaîne postérieure statique
•    La chaine postérieure diagonale ou la chaîne d'ouverture
•    La chaîne antérieure diagonale ou la chaîne de fermeture

Les fascias

Le rôle actif du tissu conjonctif a été longtemps ignoré et était considéré comme un tissu relativement peu important. Ceci s’explique car d’une part certaines des structures du tissu conjonctif sont extrêmement petites, et d’autre part on n’avait que la possibilité d’étudier du tissu mort. C’est grâce à des techniques récentes que l’on a pu découvrir son utilité.


Le système fascial est maintenant reconnu pour son rôle dans la pathologie, le mouvement fluide et la proprioception. Il est également important dans le mouvement des muscles squelettiques, la perception de la douleur, la régulation et l'expression des protéines, la signalisation cellulaire, la croissance néoplasique et la distribution des hormones dans notre corps. Il peut être la raison pour laquelle nous ressentons des douleurs chroniques ou pour laquelle nous ressentons des tensions après une activité physique. La principale responsabilité du fascia est de connecter les systèmes afin que le corps fonctionne comme un tout. (7)


Des récepteurs du tissu conjonctif décelés dans le grand fascia de la région lombaire (fascia thoraco-lombaire) et dans le fascia de la plante du pied (fascia plantaire) sont probablement susceptibles d'influencer la stabilité du dos et éventuellement celle d'autres structures par une tension active. Une tension fortement diminuée ou alors trop augmentée est par ce biais également capable de provoquer des douleurs, tout comme le sont les neurotransmetteurs de stress dans le tissu conjonctif. Le tissu conjonctif se durcit alors, de même que de fines fissures ou blessures dans les fascias, dues à des sollicitations incorrectes ou unilatérales, peuvent provoquer des inflammations.


Les fascias représentent donc un organe sensoriel d'une importance extrême pour notre corps, reflétant minutieusement notre état global, aussi bien corporel qu'émotionnel. On distingue les sous-catégories suivantes de mécanorécepteurs des fascias.

  • Les corpuscules de Pacini (sensibles aux vibrations et à la pression),
  • les terminaisons de Ruffini (sensible à la pression prolongés),
  • les organes de Golgi (réagissent aux mouvements musculaires),
  • les récepteurs interstitiels (captent la pression, la douleur, les variations de température et assurent la connexion avec le système nerveux végétatif).


Compte tenu du nombre total de tous ces récepteurs fasciaux, certains auteurs comparent la sensibilité du système fascial à celle de la rétine, comme égale ou supérieure à celle-ci, faisant du continuum fascial l'organe sensoriel le plus riche.

Les complicités

Ce qu’il faut retenir de ces chaines musculaires c’est qu’elles passent leur temps à se raccourcir, parce que c’est la raison d’être d’un muscle, ce qui provoque des creux et accentue les bosses. Elles passent également leur temps à s’entraider. 


Il y a trois endroits où la chaîne postérieure aime à se creuser: la nuque, les reins, l’arrière des genoux. Il faut observer les creux : si on voit une bosse, c’est qu’il y a un creux au-dessus, ou au-dessous. Le plus souvent c’est au-dessus que se situe le problème. Ça ne sert à rien d’agir sur la bosse qu’il y a en haut du dos, il faut allonger les creux, tous les creux, car ils se parlent, et si on en décreuse l’un, l’autre va s’accentuer. Les creux se déplacent, il y a raccourcissement de la chaine musculaire globale.


Compte tenu du poids propre des bras ainsi que de leur mobilité, les lignes des bras jouent un rôle important en ce qui concerne la posture corporelle. Les sollicitations répétées au niveau du coude peuvent ainsi également influencer le bas du dos. Les mauvaises postures des épaules sont susceptibles de porter atteinte à la nuque ou aux côtes, voire même à la respiration. De même que les problèmes au niveau de la ligne spiralée ou de la ligne antérieure superficielle peuvent se répercuter sur les lignes des bras.


Les pectoraux sont aussi responsables de l’accentuation de mauvaises postures, ils font tourner les épaules en dedans et donc ils préservent le creux de la nuque. De même les adducteurs sont des rotateurs internes de la hanche, ils font tourner les genoux en dedans. 
La connexion d'organes isolés avec les muscles et les fascias peut avoir des répercussions sur notre comportement moteur et postural. Sous l’action des chaines musculaires et des fascias, nous pouvons aisément imaginer que par exemple la restriction d'un mouvement à l'intérieur de notre cage thoracique se répercute également vers le bas, en direction des articulations de la hanche ou alors vers le haut, en direction du rachis cervical.

Les étirements

Depuis cette montée du phénomène «stretching», né dans le début des années 80, le sportif est devenu absolument persuadé de faire mieux s’il s’étirait dans tous les sens avant et après un effort. Mais qu’en est-il vraiment ?


Des études montrent plutôt que le stretching ne semble avoir aucun effet contre les douleurs post-effort que sont les courbatures et des étirements avant des exercices excentriques pourraient même les aggraver. 


Le stretching, après un effort, permet effectivement de diminuer la raideur musculaire, de rééquilibrer les tensions et de libérer ainsi les articulations, mais par contre il peut amener des microlésions supplémentaires dans le muscle, ce qui va à l’encontre du but recherché.
Pour l’instant, quelques pistes ont été lancées quant à la survenue des blessures, mais rien n’est encore certain actuellement sur leur relation avec les étirements musculaires.


Cependant, un consensus semble émerger concernant l’utilité du stretching pour la relaxation et la prise de conscience de son corps et de ses limites, de même qu’il est indispensable pour regagner la mobilité articulaire perdue suite à un traumatisme. Ce gain en mobilité (ou amplitude) peut être même très intéressant pour des sportifs manquant de souplesse musculaire ou articulaire. (8)


Mais, la condition est que ces séances d’étirements soient pratiquées loin de la performance physique, afin de ne pas entraver les capacités musculaires.
Il ne faut pas condamner le stretching, car au-delà de ce simple mot, signifiant « action de s’étirer », il y a bien des manières différentes de pratiquer ces étirements. 

 

« Ça tire donc ça étire ».
Contrairement à cette idée tant répandue, les choses ne fonctionnent pas comme ça. 


Par exemple, quand on se suspend à une barre pour s’étirer le dos, on ne fait que tirer sur la peau des bras au niveau des aisselles et on raccourcit les muscles de nos bras, de nos épaules et de notre nuque, tous ces éléments étant reliés au rachis. Cet exercice est donc un exercice de musculation des bras, des muscles cervicaux, trapèzes et deltoïdes. En tenant compte de la notion de chaîne musculaire c’est un exercice de musculation des chaînes.  (9)

 

Autre exemple : quand on se met debout une jambe posée sur la barre comme les danseurs pour étirer les ishio-jambiers. Ces muscles font partie de la chaine musculaire postérieure, ils appellent aussitôt au secours leurs voisins, ce qui entraîne automatiquement des compensations comme-  la rotation interne des genoux, - des pieds en équin, - des recurvatum des genoux. Et nous déplaçons le problème en raccourcissant la chaîne postérieure.


De même, on constate souvent chez les personnes, qui se penchent en avant et posent leurs mains à plat par terre sans difficulté, - une rotation interne des cuisses (les adducteurs sont trop raccourcit) ou des bras, - une hyperlordose de la nuque, - une rotation interne des pieds, - ou un recurvatum de la jambe. 


Pareil chez les danseurs et yogistes, qui y arrivent à s’assoir facilement jambes allongées et dos droit, on observe une hyperlordose ou le sternum en avant.


Pour délordoser la région lombaire on a pour habitude de plier les genoux sur la poitrine, à l’aplomb de l’apex du thorax, partie la plus proéminente. Et là on se rend compte que la lordose s’est déplacée au niveau de la nuque. C’est l’observation princeps de Mézières. Il est donc vain d’imaginer délordoser en pliant les genoux parce que les lordoses se déplacent le long de la colonne vertébrale comme un anneau sur une tringle à rideau. 


Alors comment fait-on pour allonger nos chaines musculaires ?

Certaines techniques qui concernent le corps dans sa totalité et visent à corriger tous les déséquilibres d'une façon simultanée, en agissant profondément sur un ensemble de chaînes musculaires plutôt que sur un groupe musculaire isolé. Elles permettent de lutter contre les attitudes adaptatives et les compensations installées au niveau du corps.


On ne peut pas allonger toute une chaine musculaire, car le corps est un génie de l’esquive. Prenons l’exemple d’une personne allongée sur le dos. Si elle pose ses lombaires au sol, sa nuque va se creuser. Si en plus elle rentre le menton pour allonger la nuque, alors les genoux vont se plier. Et si elle par chance elle arrive à poser le creux poplité au sol, le diaphragme va se bloquer, les genoux vont se tourner en dedans, les bras vont se refermer, les orteils vont se crisper… Ainsi on ne peut que jouer avec les chaines musculaires, accepter qu’elles se raccourcissent à un endroit pour l’allonger de l’autre.

Pour délordoser par exemple la région lombaire, il faut la fatiguer. Puisque les muscles veulent se raccourcir nous allons utiliser cette fonction jusqu’à ce que dans un deuxième temps, épuisés par leur raccourcissement, ils se relâchent et que la lordose lombaire soit moins importante. On pourra proposer au sujet allongé sur le sol, de plier ses jambes pour donner de la longueur à la chaine postérieure. Ensuite d’inspirer en gonflant le ventre et en posant le coccyx au sol, puis de souffler en posant la taille sur le sol. Au bout d’un certain nombre de répétition, la zone lombaire va accepter de s’allonger. Il est intéressant de demander au sujet de laisser sa tête suivre le mouvement. Il va se rendre compte que quand le creux lombaire est accentué, la nuque s’allonge, et quand la taille se pose au sol, la lordose cervicale s’accentue.


Enfin il faut tenir compte du rôle de la respiration et du diaphragme, car toute élongation musculaire qui engage la chaine postérieure engage le diaphragme et provoque un blocage de la respiration.

Cas de l’hyperlaxité 

Pourquoi lorsque l’on est hyperlaxe, c’est à dire que nos articulations nous permettent d’avoir des mouvements qui vont au-delà des limites de ce qui est normal, il ne sert à rien de se muscler pour contrer cette hyperlaxité. Notre corps recherche toujours à être dans un état d’équilibre, au niveau du tonus musculaire aussi. Nous avons tous, des muscles trop mous et d’autres trop forts. Une personne hyperlaxe contrairement à ce que nous pensons est une personne dont les articulations s’arcqueboutent. Elles sont tirées par des muscles trop puissants trop courts et trop forts.


Exemple : un recurvatum du genou (debout le genou est tiré vers l’arrière) est interprété comme étant le fait d’une hyperlaxité ligamentaire. Il nous suffira de regarder, de dos, le sujet debout. On verra apparaître le condyle interne tandis que la tête du péroné sera antériorisée. La chaîne postérieure est tellement rétractée qu’elle ne peut plus se raccourcir uniquement au niveau des lombes, alors elle le fait plus bas entraînant des rotations et des postéro flexions des membres. Ce sont ici les muscles trop puissants de l’arrière des jambes qui tirent le genou. Si l’on réussit à allonger les muscles postérieurs, situés derrière les jambes, ceux du devant vont être obligés de se mettre à travailler, le quadriceps surtout. Ce travail intense des muscles du devant du corps sera le témoin que l’arrière se rallonge. C’est parce que ça s’allonge derrière que devant ça travaille. 


Un autre exemple : le recurvatum du coude, coude hyperlaxe, c’est une épaule qui est tirée en arrière et un bras en supination. Ce n’est pas une hyperlaxité ligamentaire mais une hypertonicité des muscles entre les omoplates. Françoise Mézières découvre que pour retrouver un équilibre au niveau du tonus musculaire il faut rechercher à faire baisser le tonus des muscles trop forts. C’est ainsi que ceux qui sont faibles vont devoir automatiquement se mettre à travailler.

Références

  1. G Bessou. Qui veut aller bien ménage sa posture. 2018
  2. Anne Claire. Posture et équilibre : deux notions différentes. La posture debout. 2017
  3. Dischiavi SL, Wright AA, Hegedus EJ, Bleakley CM. Biotensegrity and myofascial chains: A global approach to an integrated kinetic chain. Med Hypotheses. 2018 Jan;110:90-96
  4. C S Chen. Tensegrity and mechanoregulation: from skeleton to cytoskeleton. Osteoarthritis Cartilage. . 1999;7(1):81-94
  5. Les chaines musculaires, quelles méthodes pour quels résultats ? P Aube 2012
  6. Originalité de la méthode Mézières
  7. Pratt RL. Educational avenues for promoting dialog on fascia. Clin Anat. 2019 Oct;32(7):871-876
    Stecco C. The fascia: the forgotten structure. Ital J Anat Embryol. 2011;116(3):127-38
    Bordoni B. Anatomy, Fascia. 2020 Aug 10. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2021 Jan–. PMID: 29630284.
  8. C.Tacchini. Mémoire de Licence. 2006
  9. T Bertherat. Ma leçon d’Antigym